Le crayon sur papier est le plus bref raccourci entre l’esprit et la nature. En couleurs ou noir, le crayon demeure l’instrument de base pour noter les imaginations et concrétiser l’inspiration en la matière. Capter les hiéroglyphes et les formes dans la nature, et les dessiner, c’est, quelque part,  refaire les gestes de « Celui par qui tout à été fait. » Cependant l’artiste qui contemple le monde comme un diapason de formes et de sagesse (Gotthilf Heinrich Schubert), s’en distingue très vite pour voler de ses propres ailes dans l’inspiration et les outils à disposition.

Mais ces réflexions ne reflètent qu’une lumière extérieur à l’image ; dans le temps de l’action ce qui est en jeu est bien autre chose ; plutôt l’aventure des contrastes dans la perspective aérienne, les textures en opposition ou similarité, le crayon à affuter, l’ombre du nuage sur la découverte, les feuilles qui s’envolent, l’heure du déjeuner qui approche… Les « pensées » sur l’art sont réconfortantes quand l’extérieur s’oppose à sa pratique (trajet en chemin de fer, RER, auto..), mais elles ne sont que pensées. Pourtant l’esprit de synthèse peut aussi en tirer quelques règles ; comme celles qui naissent de la contemplation de telle ou telle œuvre aimée.

Voici quelques travaux d’études, de prises de notes, plus ou moins rapides, au stylo à bille ou au dos d’un prospectus, d’un carnet de notes, tout ce qui tombe sous la main pour fixer l’idée (rôle du téléphone mobile quelquefois) en ma possession. Autant de bases et de points de départ virtuels vers des œuvres plus accomplies, en atelier.

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Loin des passions mauvaises, des doutes, de la tristesse (l’alliée de l’Ennemi), trouver les dispositions intérieures pour franchir allégrement la distance
de l’intention au but…

 

Textes à méditer, en toutes circonstances ...

Saint Jean Cassien (v. 360-435)
fondateur de monastère à Marseille
Des principautés, XIV ;
 SC 54 (Conférences VIII-XVII; trad. E. Pichery, éd. du Cerf, 1958 ; p. 22 ; rev.)

Toutes choses seront soumises au Christ

Il existe une raison au nom de principautés et de puissances [des esprits mauvais], dans le fait qu’elles exercent sur des peuples divers la domination et l’empire, ou qu’elles ont sous elles des esprits et des démons de rang inférieur, dont nous apprenons par l’Évangile et de leur propre aveu qu’ils sont légion. Elles ne peuvent, en effet, être appelés dominations, à moins d’avoir sur qui exercer leur pouvoir, ni davantage puissances ou principautés, s’il n’y a personne sur qui elles puissent revendiquer la prééminence.

Le blasphème que l’Évangile nous rapporte des Pharisiens, met bien en lumière cette vérité : « C’est par Béelzébub, prince des démons, disent-ils, qu’il chasse les démons. » (Mt 12, 24) Ailleurs, nous lisons l’appellation de « chef des ténèbres » (Ep 6,12) ; un autre démon est désigné comme « le prince de ce monde » (Jn 14,30).

Cependant, c’est le bienheureux Apôtre qui l’affirme, ces dignités s’évanouiront un jour, lorsque toutes choses seront soumises au Christ, « qu’il remettra le royaume à Dieu son Père, après avoir anéanti toute principauté, toute puissance et toute domination » (1 Cor 15, 24). Ce qui ne peut se faire que si les démons voient soustraire à leur empire ceux sur qui ils exercent en ce siècle leur puissance, leur domination ou principauté.

La Règle du Maître
règle monastique du 6e siècle
Prologue, 1-14 ; SC 105

Homme, toi d’abord qui lis cette règle à la communauté à haute voix et toi ensuite qui m’écoutes en écoutant cette lecture, laisse à présent tes autres pensées de côté ; sache que lorsque je te parle, c’est Dieu qui t’avertit par ma bouche.

Nous devons aller à lui, le Seigneur Dieu, de notre plein gré, par nos bonnes actions et nos intentions droites ; sinon ce sera malgré nous, à cause de notre négligence de pécheurs, que nous serons appelés à comparaître devant lui et emportés par la mort. (…)

Le temps qui nous reste à vivre, nous le vivons comme un sursis, alors que chaque jour la bonté de Dieu attend de nous des progrès ; elle nous veut meilleurs aujourd’hui qu’hier.

Toi qui m’écoutes, sois bien attentif : ainsi mes paroles (…), cheminant par l’application de ton esprit, parviendront au carrefour de ton cœur. Quand tu seras à ce carrefour (…), laisse derrière toi la voie du mal qui est celle de ton ignorance, et place-toi devant les deux voies qui s’ouvrent à toi : ce sont les deux façons d’observer les préceptes du Seigneur.

Nous qui cherchons la voie qui mène à Dieu, arrêtons-nous à ce carrefour dans notre cœur et examinons ces deux voies, ces deux façons de comprendre, qui s’offrent à nous.

Examinons par laquelle de ces deux voies nous pouvons parvenir à Dieu. Si nous continuons à gauche, nous avons à craindre — car cette voie est large — que ce ne soit plutôt celle qui mène à la perdition. Si nous tournons à droite, nous sommes sur le bon chemin, car cette voie est étroite, et c’est elle qui mène les serviteurs assidus à leur Seigneur en personne. (…)

Conforme-toi donc à ce que tu entends, avant que tu ne quittes la lumière de ce monde, car tu n’y reviendras pas, sinon à la résurrection. Et à la résurrection, si tu as bien agi ici-bas dans le temps présent, tu seras destiné avec les saints à la gloire éternelle.

Saint Thomas d’Aquin
De Regno, Livre Premier

Ceux qui ambitionnent davantage de régir que de servir (plus præesse quam prodesse), paralysent tout essor chez leurs sujets ; toute excellence en ces derniers les rend suspects d’attenter à leur inique domination : le tyran soupçonne davantage les bons que les méchants, et toujours la vertu d’autrui lui paraît redoutable.

En conséquence ces tyrans s’appliquent à étouffer chez leurs sujets toute vertu, pouvant être source de magnanimité, et de réaction contre leur injuste domination.

Ils s’efforcent d’empêcher l’affermissement de tout lien d’amitié entre ces sujets, ainsi que les avantages mutuels de la paix, afin que, la confiance mutuelle étant détruite, aucun complot ne puisse se tramer contre leur pouvoir.

Dans ce but, les tyrans sèment la discorde entre les sujets et l’entretiennent lorsqu’elle naît ; enfin ils empêchent tout ce qui concourt à resserrer les liens entre les hommes, comme les noces, les banquets et, plus généralement, tout ce qui engendre habituellement l’intimité et la confiance.

Les tyrans s’appliquent aussi à empêcher leurs sujets à devenir riches ou puissants, car, soupçonnant en eux la même malice qu’ils sentent en eux-mêmes, ils craignent de voir cette puissance et ces richesses de leurs sujets tourner à leur propre détriment, de la même manière dont ils s’en servent eux- mêmes pour nuire à autrui.

Saint [Padre] Pio de Pietrelcina (1887-1968) capucin
TN in Ep 4, 875,878 (in Une pensée par jour / padre Pio da Pietrelcina;

« Mes frères, nous n’avons encore rien fait jusqu’à maintenant : commençons donc dès aujourd’hui. » C’est à lui-même que saint François adressait cette exhortation ; humblement faisons-la nôtre. C’est vrai, nous n’avons encore rien fait ou si peu ! Les années se sont succédé sans que nous nous demandions ce que nous avons pu en faire ; n’y avait-il donc rien à changer, à ajouter ou à retrancher dans notre conduite ? Nous avons vécu avec insouciance, comme si le jour ne devait jamais venir où le Juge éternel nous rappellera à lui, et où nous devrons rendre compte de nos actions et de ce que nous aurons fait de notre temps.

Ne perdons pas notre temps. Il ne faut pas remettre au lendemain ce que l’on peut faire aujourd’hui : les tombeaux débordent de bonnes intentions ; et d’ailleurs, qui pourrait dire si nous serons encore en vie demain ? Écoutons la voix de notre conscience ; c’est la voix du prophète : « Aujourd’hui écouterez-vous la parole du Seigneur ? Ne fermez pas votre cœur » (Ps 94,7s).

Nous ne possédons que l’instant présent : veillons donc, et vivons-le comme un trésor qui nous est confié. Le temps ne nous appartient pas ; ne le gaspillons pas.